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LES DÉMONS, Tenerife, 2023


Le Teide est le plus haut sommet d’Espagne. Depuis la mer, sa silhouette flotte au-dessus des nuages. Hérodote l’appelait la "Colonne du Ciel". Pour les navigateurs, c’est un repère depuis des siècles. À Tenerife, il s’érige au milieu d’un sanctuaire où son cœur dessine des tableaux couleur lave. Les roches gardent sa mémoire. Les espèces endémiques peuplent ses flancs. Le genêt résiste à la sécheresse, à la lumière vive, aux radiations du soleil. On dit qu’au printemps, il enfile sa robe blanche. En décembre, je ne vois que ses os, colorés par le feu. Trois mois plus tôt, les flammes ont transformé la chair du volcan. Je chemine après l’incendie. Je suis les traces. Aucun bruit. On dirait la lune. Les alizés soufflent les cendres froides, la lumière irradie les arbres noircis, et dans ma tête résonne une légende. Le démon Guayota habiterait les profondeurs du volcan où il aurait emprisonné le dieu du soleil, Magec, plongeant  l'île dans l’obscurité. Je regarde l'astre. Puis viennent les tâches. L’éblouissement. Je pénètre dans le noir. Mes images naissent à cette frontière de la lumière nuit. C’est un duel. Une quête du clair et de l’obscur. Les ombres s'épaississent et les arbres prennent la forme de bêtes. Leurs branches grincent dans le vent leur chanson. Je fantasme une danse macabre. Je continue ma route et je grimpe une montagne de sable et de cailloux. Un flot de poussière emplit mes narines. Je crois sentir le feu. Au bord du gouffre,  le ciel et la mer se confondent. De nouvelles ruines apparaissent. C’est une forêt de pins noirs. Les cendres ternes ont fait leur lit. Fascinée par le vivant à bout de souffle, et son mystère. J’imagine l’après. De nouvelles graines jailliront des terres et comme dans la légende, où Magec retrouve sa liberté, éclairant l’île à nouveau, une onde de vie se dessine.

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